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Stablecoins & monnaie8 min de lecture

Ce qu'il y a vraiment derrière un USDC

77 milliards de dollars, surtout des bons du Trésor courts, vérifiés chaque mois par Deloitte. Où vivent les réserves de l'USDC, et ce que la promesse couvre.

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Détenir un USDC, c’est détenir une promesse de Circle : un vrai dollar, sur demande. En avril 2026, cette promesse pèse environ 77 milliards de dollars. La question intéressante n’est pas de savoir si les dollars existent (un cabinet comptable vérifie chaque mois). C’est de savoir où ils vivent, qui peut vraiment les réclamer, et ce qui se passe quand quelque chose casse. On connaît la réponse à cette dernière question : c’est déjà arrivé.

Où vivent les dollars derrière l’USDC ?

Pas dans un coffre. Les réserves qui adossent ce stablecoin vivent dans deux poches. D’après l’attestation du 30 avril 2026, sur 77,1 milliards de dollars de réserves totales :

  • Environ 86 % est dans le Circle Reserve Fund (USDXX) : un fonds monétaire gouvernemental enregistré auprès de la SEC, géré par BlackRock et conservé chez BNY Mellon. À l’intérieur ce jour-là : 19,1 milliards en bons du Trésor américains courts, 47 milliards en repo overnight (du cash prêté pour une nuit à de grandes institutions financières, sur-collatéralisé par des bons du Trésor), et environ 1 milliard de cash.
  • Environ 14 % est en cash dans des banques, soit à peu près 10,6 milliards, sur des comptes ségrégués, séparés de l’argent propre de Circle.

Le mix bouge d’un mois à l’autre (les bons du Trésor sont passés de 24,9 à 19,1 milliards entre deux dates d’attestation au printemps 2026) : c’est une gestion active de la liquidité, pas une allocation figée. Les attestations listent chaque bon du Trésor, titre par titre.

Pourquoi des bons du Trésor courts et pas un compte en banque ?

Deux raisons, et c’est le cœur du design. D’abord la stabilité du prix : un bon du Trésor qui arrive à échéance dans moins de trois mois bouge à peine quand les taux bougent. Personne ne veut de réserves capables d’afficher une moins-value le jour précis où tout le monde réclame son argent. Ensuite la liquidité : le repo overnight redevient du cash chaque matin, et les bons courts arrivent à échéance en continu. Le fonds suit les règles monétaires de la SEC, qui plafonnent la maturité de ce qu’il détient.

Le rôle de toute cette tuyauterie tient en une phrase : chaque jour où quelqu’un dépose des USDC pour remboursement, Circle détruit les tokens et vire de vrais dollars depuis ces réserves. L’actif doit pouvoir encaisser le pire jour plausible. Depuis juillet 2025, c’est aussi la loi fédérale : le GENIUS Act plafonne à 93 jours les bons du Trésor éligibles pour les émetteurs américains de stablecoins.

Qui vérifie vraiment les chiffres ?

Chaque mois, Deloitte examine deux dates et signe une attestation : à ces dates, les réserves en valeur de marché couvraient au moins les USDC en circulation. C’est une vraie assurance par un tiers, et il faut être précis sur ce que c’est : une attestation n’est pas un audit complet. Elle vérifie une affirmation précise à des dates précises ; elle ne se prononce ni sur l’ensemble des comptes ni sur les contrôles internes de l’entreprise.

Mais Circle est cotée en bourse depuis juin 2025 (NYSE : CRCL), donc des comptes annuels audités existent désormais en plus des attestations mensuelles, plus une publication hebdomadaire des réserves. En face, Tether, le plus gros rival, publie des attestations trimestrielles et n’a jamais publié d’audit complet à ce jour.

Qu’est-ce qui s’est passé le jour où ça a cassé ?

Mars 2023. Silicon Valley Bank fait faillite, et Circle révèle que 3,3 milliards de dollars du cash des réserves (environ 8 % à l’époque) sont bloqués chez SVB. Pendant le week-end, banques fermées et guichet de remboursement fermé, l’USDC descend jusqu’à environ 0,87 $. Dimanche soir, les autorités américaines invoquent une exception de risque systémique et garantissent tous les dépôts de SVB. L’USDC revient à un dollar en à peu près 48 heures.

Il faut lire cet incident attentivement, c’est le fait le plus instructif de toute l’histoire : les bons du Trésor n’ont jamais été le problème. Le maillon faible, c’était du simple cash posé dans une banque moyenne, au-dessus du plafond assuré. Le design actuel est la cicatrice : l’essentiel des réserves a migré vers le fonds géré par BlackRock, et le cash restant a été concentré dans de grandes banques systémiques.

Que vaut la « garantie » en droit ?

Voilà la partie que la plupart des explications sautent. Un USDC est une créance contractuelle sur Circle, pas un dépôt bancaire. Le remboursement direct (un USDC déposé, un dollar viré) est réservé aux entreprises titulaires d’un compte Circle Mint : exchanges, fintechs, institutions. Tout le monde vend sur le marché, et ça marche précisément parce que ces institutions ramènent le prix vers un dollar par arbitrage.

La solidité juridique dépend d’où tu vis :

  • Dans l’UE, le droit est inscrit dans la loi. Sous MiCA, le règlement européen en vigueur depuis mi-2024, l’USDC est un jeton de monnaie électronique : ses détenteurs ont un droit légal au remboursement à la valeur nominale, à tout moment, et une partie des réserves doit rester en dépôts bancaires. L’entité française de Circle a été le premier émetteur mondial de stablecoin agréé sous ce régime (juillet 2024). On a détaillé les règles dans notre explication de MiCA.
  • Aux États-Unis, la loi rattrape. Le GENIUS Act, signé en juillet 2025, exclut les réserves de la masse de la faillite d’un émetteur et place les détenteurs en tête de file. Mais les règles d’application des régulateurs étaient encore en cours de finalisation en juin 2026, et les spécialistes de la faillite débattent encore de la façon dont cette priorité jouerait face aux créanciers garantis. C’est un vrai progrès sur le papier, jamais testé devant un tribunal.

Et il faut être clair sur ce que la garantie n’est pas. Ce n’est pas une assurance d’État : la garantie des dépôts protège les comptes bancaires de Circle, pas tes tokens, et la loi interdit désormais explicitement aux émetteurs de laisser croire le contraire. Circle peut aussi geler des adresses (elle l’a fait, sur des adresses sanctionnées, en août 2022) ; ce pouvoir est écrit dans le contrat et dans le token lui-même. Et les détenteurs ne touchent aucun intérêt, la loi l’interdit des deux côtés de l’Atlantique.

Comment Circle gagne de l’argent avec tes dollars ?

Ce dernier point, c’est le modèle économique. Circle garde le rendement que produisent les réserves : 2,7 milliards de dollars de revenus en 2025, en hausse de 64 % sur un an, puis 653 millions de revenus de réserve sur le seul premier trimestre 2026. (Une grosse part repart en frais de distribution, surtout vers Coinbase, qui distribue l’USDC.) Garder le dollar, garder l’intérêt : c’est un fonds monétaire en costume de moyen de paiement, et il pèse environ 75 milliards aujourd’hui, contre à peu près 187 milliards pour Tether.

Pourquoi c’est important

Les stablecoins deviennent discrètement de l’infrastructure grand public : des réseaux de cartes règlent dedans, et des apps y règlent de vraies dépenses de groupe. Quand des amis partagent un voyage avec Spliz, les soldes se règlent en USDC, donc la question « qu’est-ce qu’il y a vraiment derrière cette pièce ? » n’a rien d’académique pour nous. La réponse honnête : des actifs réels, vérifiés chaque mois, éprouvés une fois, dans un cadre légal qui a énormément progressé en deux ans. Une promesse d’entreprise avec du collatéral et des inspections, ce n’est pas une garantie d’État. Savoir faire la différence, c’est tout le jeu.

Un stablecoin est une promesse. Celle de l’USDC est collatéralisée, inspectée chaque mois, et a survécu à exactement une panique bancaire. La loi est enfin en train de rattraper la promesse.

Sources

Règle ta prochaine note de groupe en une signature.